Entre danse et rencontres, les seniors retrouvent le plaisir des dancings dans le Puy-de-Dôme
« C’est la danse qui me maintient, c’est ma vie ! » Tous les jeudis après-midi, Pola accomplit le même rituel. À 93 ans passés, la Vichyssoise parcourt les 17 kilomètres qui la séparent du dancing La Belle Époque, sur la petite commune de Puy-Guillaume. Même si quelques courbatures lui rappellent qu’elle n’a plus tout à fait 20 ans, la nonagénaire est là, debout sur la piste, les bras levés vers les lasers qui colorent le plafond, ses plus beaux vêtements sur le dos.
Rattraper le temps perdu« C’est une sortie qui me tient à cœur. J’ai cousu des paillettes sur mon chemisier en voile noir et ajouté des perles sur mon gilet », confesse la souriante danseuse entre deux tangos endiablés.
Privée de danse pendant plus d’un an, Pola rattrape donc le temps perdu. « La réouverture ? Je n’attendais que ça ! Cette crise m’a bien ennuyée… » Malicieuse, la grand-mère s’est organisée, en invitant « ses copines à danser à la maison ». Alors dès qu’elle a pu imprimer son QR code, faute de téléphone portable, l’Auvergnate est passée à l’action. « À mon âge, je n’ai plus rien à perdre. J’ai même tout à gagner. »
Entretenir sa formeLovés sur la banquette veloutée de rouge et de noir, le temps d’un rafraîchissement sans alcool, Jocelyne, 70 ans et Bernard 82 ans, apprécient que la punition du confinement soit levée. Et avec vingt-cinq kilomètres, en cinq heures de danses, au compteur de son podomètre, l’octogénaire compte sur sa passion pour entretenir sa forme. « On danse deux après-midi par semaine, soit 50 km, c’est notre sport à nous ! » Un plaisir complice pour les deux tourtereaux sur leur 31. « On s’est connu ici, comme beaucoup. C’est un peu notre pèlerinage… »
Au rendez-vous du dancing Dubien à Pont-du-Château, les habitués du dimanche envoient valser les contraintes. « Quel bonheur de retrouver notre dancing après cette trop longue abstinence », plaisante Josy, en tenue de gala. Ému de retrouver ses plus fidèles, Christian Dubien croule sous les déclarations d’amour.
« On leur a manqué. Ils nous le disent, on leur a donné envie de vivre 20-30 ans de plus ».
Et à quelques pas de salsa de là, du côté des Arcades de Barjavel à Courpière, Alain, 54 ans et Marie, 62 ans enchaînent les tours de pistes jusqu’à épuisement. « C’est notre thérapie. Et puis, danser est bon pour le cœur non ? »
Venues trouver l'amour ?Occupées à échanger dans la semi-obscurité d’une atmosphère soigneusement tamisée, Charlotte et Annie espèrent trouver l’âme sœur, même si elles savent que le jour n’est pas idéal. « Le dimanche, c’est le jour des couples. Mieux vaut venir en semaine si on est célibataire… » Alors, en attendant de trouver peut-être celui qui fera battre leur cœur un peu plus fort, les copines trinquent à l’instant présent. « On ne sait pas ce que septembre nous réserve alors on prend tout ce qu’il y a à prendre ! »
Quant à l’amoureux de la nuit, Nicolas Gennardi, aux commandes de l’Indian Saloon à Riom, il affectionne tout autant ces après-midi dansants réservés aux seniors. « Cela me rappelle mon enfance quand ma grand-mère m’emmenait danser… » Des souvenirs nostalgiques, des présences enchanteresses jusqu’aux projets d’avenir et voici l’envie d’entrer à son tour dans la danse…
Carole Eon

