Le récit d'une enfance "faite de coups et de blessures" du danseur Giovanni Martinat installé à Brive
C'est un grand brûlé de la vie, qui a réussi à transcender ses souffrances et à les illuminer par la danse. L'artiste briviste, Giovanni Martinat, vient de publier le récit de sa vie "faite de coups et de blessures" intitulé : "Viscères, du néant à la danse". Un livre qui fait ressortir sa mémoire traumatique d'autant plus lourde qu'elle est causée par celle qui, normalement, aurait dû l'aimer et le protéger... sa mère.
Quatre frères de quatre pères différentsAu début de l'histoire, il y a quatre garçons de quatre pères différents, âgés entre 6 et 14 ans qui vivent avec leur génitrice dans un immeuble HLM dans le quartier de la Grande Pâture, à Nevers. Celle-ci est experte en vols et petites escroqueries. Sa vie est émaillée de drogue, d’alcool et des médicaments divers, son corps marqué par des piercings, tatouages et scarifications. Elle est raciste, pratique le spiritisme et n'a jamais travaillé.
Une tortionnaireCette femme perverse, manipulatrice, toxique et tortionnaire fait subir à ses enfants affamés et privés d’amour des sévices de toute sorte : 20 minutes de douche glaciale, mais aussi des pluies de coups, d'abord avec un martinet, puis, avec tout ce qui lui tombe sous la main.
Pour le punir, elle renverse une casserole d'eau bouillante sur l'un de ses enfants. Il terminera au service des grands brûlés de l’hôpital. Elle marque le visage de Giovanni au fer à repasser. Régulièrement, elle tente d'étrangler ses fils, fait semblant de vouloir les jeter du balcon ou de la fenêtre et leur met le couteau sous la gorge "pour les forcer à avouer". Avouer quoi ? Avouer qui d’entre eux a laissé un rouleau vide de papier toilette par terre ou une goutte de pipi sur le battant des toilettes.
"Nous étions persuadés que nous ne survivrions pas"
Dérangée et dangereuseParfois, leur mère les lève à 4 heures du matin pour leur faire faire les poussières dans l’appartement. Elle tond l’un d’entre eux avec une tondeuse à chiens, quitte à lui arracher des touffes entières de cheveux et laisser le cuir chevelu en sang. Elle manipule, harcèle, terrorise ses enfants, envoie l’un d'entre eux en pyjama à fraises pour faire des courses au supermarché ou l’oblige à sortir la poubelle tout nu.
Parfois, elle force le plus grand de ses garçons à frapper les autres, en le menaçant que, sinon, c’est elle qui les massacrera. Toujours sur le fil, avec elle le passage à l'acte n'est jamais loin. Dangereuse, elle attaque et blesse au couteau deux de ses compagnons et un soupirant.
Pourquoi personne n'a rien dit ?A la lecture de ces pages douloureuses, une question obsédante revient sans cesse : Pourquoi aucun des voisins n'a jamais dénoncé cette femme et ses agissements ? "Elle faisait peur à tout le monde" explique Giovanni Martinat. Quant à lui et ses frères, ils se sont tus, car leur mère leur répétait sans cesse que les services sociaux allaient les séparer.
Au collège, une professeure croit en luiAvec un tel passé, Giovanni Martinat aurait pu être condamné d'avance et verser dans la violence , la drogue et la délinquance. D'ailleurs, ado, il s'y dirigeait déjà. Mais la découverte de la danse a été pour lui le début de sa renaissance. A l'âge de 15 ans, il pratique la danse de la rue, le break, le hip-hop. Au collège Les Courlis sa professeure Catherine Perrotin est la première personne qui croit en lui. Il y en aura d'autres, toutes généreuses et bienveillantes.
Je n’ai jamais rien lâché, j’ai toujours voulu aller de l’avant.
Il n'a rien à perdre et donc rien ne l'arrêteGiovanni Martinat se forme à la danse classique et contemporaine. Puis, la rencontre de l’univers de Pina Bausch est pour lui une révélation. En 2015, sa version du Sacre du printemps, Discordance, hommage à Pina Bausch attire l’œil du chorégraphe Hervé Koubi. C’est le début d’une collaboration de quatre ans. Avec la Cie Koubi, Giovanni Martinat a sillonné les cinq continents et s’est produit comme interprète dans 25 états américains. En mars 2020, il l'a quitté pour se consacrer à son travail de création.
Compagnie de danse Giovanni Martinat en résidence à la chapelle de la Providence
Il a créé un spectacle dédié aux femmesSa mère l'a marqué au fer rouge, mais d'autres femmes l'ont aidé, soutenu et aimé. Il aurait pu devenir un parfait misogyne, mais il est tout le contraire. Sa mère l'appelait Moon, mais il magnifie les femmes dans son dernier spectacle "Moon, in your black eyes". Entre les corps des danseuses qui s’élancent, on y aperçoit la lumière.
Rien n'est écrit d'avanceDans son ouvrage, Giovanni Martinat cite Hervey de Saint-Denis : « Les arcanes de notre mémoire sont comme d’immenses souterrains où la lumière de l’esprit ne pénètre jamais mieux que lorsque elle a cessé de briller au dehors. » Par son livre, il veut bousculer, réveiller les consciences, démontrer que rien n'est écrit d'avance, qu'on peut conjurer le sort et s'élever, il suffit de le décider.
Aujourd'hui, lui et ses frères vont bien. Ils ont coupé tout lien avec leur mère. Ils l'ignorent, parce qu'ils n'oublient rien.
Pour commander le livre, autoédité, il n'y a pour l'instant qu'internet, via la page Facebook de Giovanni Martinat.
Dragan PEROVIC

