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André Manoukian apprécie aussi La danse des canards !

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Quelle chanson pourrait résumer cette période Covid-19 ? 

Une chanson méconnue de Johnny Hallyday, Poème sur la 7e, écrite par Jean-Louis Dabadie, sur une la musique de la 7e symphonie de Beethoven. Cela raconte tout ce que l'on a fait pour rendre la terre invivable. C'est magnifique. 

Tous les grands festivals de l'été sont annulés, la suite est pleine d'incertitude. Comment voyez-vous le redémarrage de l'activité musicale  ? 

Cela devient dur depuis un certain temps. On s'est déjà fait piller par Internet. Pour vendre des abonnements internet, les opérateurs ont proposé la gratuité de la musique. Ce pillage a été fait sciemment. Il ne restait plus que le live pour vivre. Je crains que l'interdiction des concerts dure plus longtemps que prévu. Je ne me fais pas de soucis pour moi mais pour tous ces musiciens qui n'ont pas autant de casquettes que moi. Même si les intermittents du spectacle ont un bon statut et que notre Sacem est assez forte. 

Optimiste malgré tout ?

Oui car les gens vont avoir envie de sortir, de retourner au spectacle. Il faut que l'on invente aussi de nouvelles formes de représentations, notamment par le biais d'Internet. Il faut se bouger, inventer des choses, même si c'est compliqué. Mais ce ne sera pas facile et ce sera long.

"Je parle avec autant de bonheur de Miles Davis que de Sheila"

Dans La vie secrète des chansons, vous défendez la variété qui est parfois raillée par quelques "spécialistes" 

Elle peut passer du kitch puis devenir branchée. Christophe, qui vient de nous quitter, en est un bon exemple. Il y a des artistes qui arrivent à franchir cette frontière, d'autres finissent quand même par devenir hypes depuis l'émergence du karaoké. Je m'intéresse toujours à ceux qui, dans l'ombre, donnent naissance à une chanson. Cela donne toujours des histoires intéressantes racontant des choses par rapport à leurs époques.

Vous même, vous n'êtes pas issu de la variété ?

Je suis un jazzman, même si j'ai travaillé avec Liane Foly. J'ai redécouvert des grands auteurs que l'on ne peut qu'admirer. Je parle avec autant de bonheur de Miles Davis que de Sheila ou de Gilles Deleuze. A un moment donné, c'est juste une question de point de vue. 

Cette ouverture d'esprit remonte-t-elle à l'enfance ? 

Chez moi, on écoutait Sheila du côté de ma mère, et Beethoven du côté de mon père... Papa me racontait des histoires sur la mythologie. Ses récits étaient à chaque fois accessibles. Il disait souvent : "Comme disait mon copain Socrate ou mon copain Platon". Ce rapport familier avec les grands penseurs m'a sans doute influencé. Il peut y avoir autant de sagesse dans une chanson populaire que dans un aphorisme de Nietzsche. Mon plaisir, c'est de rendre profond ce qui est léger et rendre léger ce qui est profond. 

"Avec Jean-Louis Aubert, j'ai rencontré un artiste heureux... ce qui est rarissime"

Vous, le conteur d'histoire de chansons, quelle est celle qui vous a le plus émue ? 

Celle de Jean-Louis Aubert, Les plages. L'artiste est aussi émouvant. Pour la première fois, j'ai rencontré un artiste heureux. Il dégage un bonheur permanent. A l'image de ses textes, celui de Sur toutes les plages est à la fois très simple tout en ayant un sens caché. 

Quel est donc ce sens caché ?

Quand il écrit cette chanson, Jean-Louis est triste, venant de se séparer de Téléphone. Pour s'évader la tête, il part avec un pote sur un voilier, dans les Caraïbes. Après une nuit bien arrosée, ils échouent sur une île. Alors qu'ils réparent le bateau, un vieux et un enfant viennent à leur rencontre pour les aider. L'enfant dit à Jean-Louis qu'il est prêt à tout pour quitter cette plage, cette île. Le plus âgé lui dit que tous les enfants veulent partir car, pour eux, le paradis, ce n'est pas ici...mais c'est à Paris, à Barbès. Avec une seule phrase, Jean-Louis en a fait une chanson humanitaire. Il m'a toujours dit qu'il était un guetteur, attrapant l'air du temps. 

Une prochaine émission sera d'ailleurs consacrée entièrement à Jean-Louis Aubert. Pourquoi une intégrale sur un seul artiste ?C'est sympa de faire des collections consacrées de temps en temps à un seul chanteur. Il y a de la matière. Quand vous avez des lascars comme Jean-Louis Aubert et d'autres, cela vaut le coup ! 

La chanson qu'il emporteraitsur une île déserte...

Y-a-t-il un artiste disparu aujourd'hui que vous auriez aimé avoir à vos côtés, autour de votre piano ? Brel évidemment. C'est l'artiste total.  Je reste un éternel dilettante et un éternel amateur. Je découvre des tas de choses, n'étant pas un journaliste érudit qui sait tout d'avance. Je m'émerveille de ce que l'on me raconte. Mon éducation, c'est la musique classique et le jazz. Du coup, la chanson est un champ dans lequel j'ai beaucoup d'admiration, ayant toujours été incapable d'écrire le moindre texte. Écrire une chanson, c'est l'exercice le plus difficile qui existe. Un genre à part, entre le poème et le slogan. 

Seriez-vous prêt à accueillir sur votre plateau le créateur de La danse des canards ?

Bien sûr. L'auteur est, peut-être, un compositeur viennois qui est un génie de la musique classique. J'aime bien jeter des ponts avec des choses improbables... J'ai un jour reçu David Marouani, le compositeur de Est-ce que tu viens pour les vacances. Au début, j'étais très réticent. En discutant avec lui, j'ai appris, qu'à l'origine, il voulait faire de la saoul avec cette musique. Il me l'a joué au piano et, tout à coup, j'ai entendu un truc que Marvin Gaye aurait pu chanter...

Vous partez sur une île déserte, quelle est la chanson que vous emportez avec vous ?L'introduction du Tannhäuser de Richard Wagner. Il y a un effet de boucles, des harmonies s'enchaînant les unes aux autres. Wagner a inventé la musique de film avant que le cinéma n'existe. C'est un exercice musical extraordinaire qui vous reconstruit la route des neurones. C'est du pur vertige émotionnel ! ‎

 

La vie secrète des chansons, chaque vendredi sur France 3 (jusqu'à la mi juillet), à 23 h 10. Avec Jean-Louis Aubert (pour une émission intégrale), Christophe Maé, Renan Luce, Bilal Hassani, Salvatore Adamo, Les Innocents, Gauvain Sers, Véronique Jannot, Véronique Sanson,... 

Olivier Bohin

olivier.bohin@centrefrance.com

Sa playlist actuel. "J'ai découvert le compositeur de musiques de films Daniel Pemberton*. C'est assez innovant. En terme de jazz, je reste à l'affût de tout ce qui se passe. J'aime beaucoup GoGo Penguin, ce trio anglais qui joue du jazz avec l'énergie du rock. Côté chanson, Kandace Springs est la dernière voix qui m'a mordu l'oreille.  Les derniers albums d'Ayo et de Thomas Dutronc sont aussi très bons." *Daniel Pemberton est le compositeur de plusieurs musiques de films, dont La maison des ombres, Cartel, Tout l'argent du monde, Spider-Man, new génération,... 

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