Thé, danse, amitié… et plus si affinités : les "sexygénaires" en piste au thé dansant de Châtel-Guyon
Les brushings sont impeccables. Les femmes ont chaussé les escarpins à talon. Les hommes ont ciré les mocassins. Les chemisiers de soie côtoient les cravates en satin. Certaines ont revêtu des robes à volants ou échancrées dans le dos… Il est 15 heures. C’est jeudi et près de 200 seniors se retrouvent pour le thé dansant de Châtel-Guyon, l’un des plus fréquentés du secteur.
L’élégance des danseurs qui convergent vers l’entrée de la salle communale, dans leurs tenues de soirée, tranche avec l’ambiance décontractée du boulodrome situé quelques mètres plus bas.
Ces retraités-là ont choisi le thé dansant comme d’autres choisissent la pétanque, la marche ou le bridge… Ou presque. « C’est une façon de s’entretenir. Avant de venir ici, on se maquille, on se coiffe, on prend soin de soi », observe Thérèse, fringante septuagénaire. Parce qu’en fait, ce n’est pas l’heure du thé, mais l’aire des « sexygénaires », c’est Jean-Claude qui le dit. « Vous ne connaissez pas ce mot ? Ils en ont parlé aux nouvelles pourtant ! »
« On voit les couples qui se forment et qui se déforment ici ! »Ces seniors n’ont pas perdu le goût de se faire plaisir, ils sortent, découvrent, continuent à tisser des liens d’amitiés… Et plus si affinité. « On voit les couples qui se forment et qui se déforment ici ! », lancent, gentiment moqueuses, Christiane, Brigitte et Josiane. « Mais on est d’abord là pour danser ! », insistent-elles, assises autour de leur table habituelle… Elles viennent depuis des années, « tromper la solitude, se retrouver entre copines », disent-elles.
Avant, mine de rien, de faire remarquer que ça manque un peu de copains : « Il y a plus de femmes que d’hommes, c’est un fait. » Alors certains messieurs redoublent d’attention pour les dames. « Lucien vient toujours nous faire danser, il est en couple mais son épouse est au courant ! »
Le thé dansant est régi par des codes tacites, ce sont les cavaliers qui invitent les cavalières, pas l’inverse. « Libre à nous d’accepter ou pas. Il faut aussi qu’ils y mettent la manière, je ne me lève pas si quelqu’un me fait signe de loin », prévient Thérèse.
« Le dimanche, il n’y a que des couples, c’est impossible »Les célibataires, ou du moins celles et ceux qui viennent seuls, préfèrent le thé dansant du jeudi. « Le dimanche, il n’y a que des couples, c’est quasi impossible de trouver un cavalier. »
Les morceaux s’enchaînent. Lydie, la DJ, passe un slow, la piste se remplit. Les corps se rapprochent un peu, les têtes se touchent, les mains glissent sur les hanches. C’est la danse habituelle de la séduction.
Pourtant, difficile d’obtenir des confidences. Les secrets sont bien gardés. Ce qui se passe dans la salle des fêtes de Châtel-Guyon reste dans la salle des fêtes de Châtel-Guyon.
Thérèse interpelle un couple derrière elle. « Eux se sont rencontrés ici, ils vont vous raconter ! » Jean est volubile, à son bras, Éliane, elle, reste muette. Elle sourit, s’amuse de la verve de son compagnon. Ils ne se lâchent pas. « Je l’ai vu de dos. C’est tout ce dont j’ai eu besoin. J’ai tout de suite ressenti une attirance. » Il l’invite à danser, elle est célibataire. « Dans ce genre de situation, il faut aller vite. Il faut tout déballer, nous n’avons que l’après-midi pour séduire. »
Petites jalousies et rivalitéJean et Éliane ne sont pas les seuls à flirter sur la piste de danse. « Mais à notre âge, nous avons des habitudes, il est plus difficile de faire rentrer quelqu’un dans sa vie. Moi, je demande toujours si la personne ronfle par exemple », plaisante Jean.
À part ça, les jeux de la séduction sont régis par les mêmes règles, que l’on soit retraité ou collégien. « Nous sommes tous pareils, qu’importe l’âge ! » Il se murmure même que petites jalousies et rivalités ont déjà provoqué des situations cocasses… Des coups de clés sur la carrosserie de la voiture d’un ou d’une rivale, des pneus crevés… « Mais non, il ne faut pas se focaliser là-dessus. C’est marginal ! Regardez-nous, on se connaît, on se fait tous la bise. » Juste des « sexygénaires » qui s’amusent donc.
Églantine Férey

