Le marathon de Jupiter
Droit de regard. Qu’il fut long, cet entretien d’Emmanuel Macron, dimanche soir ! Match de boxe et combat d’“ego”, la forme y a logiquement pris le dessus sur le fond.
Que retenir de l’entretien d’Emmanuel Macron, dimanche, dans le superbe cadre du palais national de Chaillot, là où fut signée la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Eh bien, que c’était long, très long… trop long ! Dès 22 heures, on se disait : “Mais quand vont-ils arrêter ? Pitié.” Il faut dire que ça n’était pas l’ambiance cotillons.
On savait qu’avec le tandem Bourdin-Plenel il y aurait forcément compétition d’ego et de radicalité, qu’ils ne verseraient pas dans la bienveillance aimable. Mais Jupiter ne craint rien ni personne. C’est lui qui a choisi d’être interrogé par le professeur de morale autoproclamé et le révolutionnaire coupeur de têtes. Les deux, qui pourraient être son père, sont arrivés col ouvert, débraillés. Rien que le décor méritait une cravate. Face à eux, le président en costume et cravate bleu marine ressemblait à un premier communiant. Pas une fois, ils ne l’ont appelé “monsieur le président”, comme si cela leur écorchait la bouche. Quelle désinvolture. Plenel juge que Macron est illégitime parce qu’il n’a recueilli que 18 % des inscrits au premier tour de la présidentielle. Voudrait-il rejouer le match ? Et les deux procureurs n’ont cessé de lui faire la leçon : « Vous n’êtes pas le professeur et nous ne sommes pas vos élèves… » « Nous sommes à égalité. » (Non mais pour qui ils se prennent ? ) Pas une minute de détente. Quand Plenel sourit, ce qui est rare, on a l’impression qu’il suce un citron. Mais qu’est-ce qu’Emmanuel Macron est allé faire dans cette galère ? Ce fut un grand moment de désacralisation présidentielle.
Déstabilisé par ses deux accusateurs ? Non, car il faut saluer la performance : pendant près de trois heures et sans une note devant lui, il a montré sa connaissance des dossiers, défendu la cohérence de ses réformes, réaffirmé sa volonté d’aller jusqu’au bout. Il avait tout dans la tête. En un mot, il a assuré. Question : a-t-il rassuré ? Voire ! Alors que son autorité était souvent mise à mal, il a su garder son calme. Comme il était boxé, il rendait les coups. Pêle-mêle à Plenel : « Tout ce que vous dites est faux. » « Votre raisonnement est fallacieux… » « Ne faites pas parler un ministre à votre place, ne soyez pas un ventriloque. » « Arrêtez de jeter des noms en pâture. » Mais c’est plus fort que lui, Plenel ne fait que ça.
Et de dénoncer : « Votre ami Bernard Arnault qui fraude le fisc… et Pinault itou… » « Je n’ai pas d’amis, vous n’êtes pas des juges, vous êtes des interviewers », rétorque Emmanuel Macron. Mais voilà, Plenel aimerait tellement se promener avec leurs têtes de riches au bout d’une pique. « Le président ne donne pas d’instruction en matière fiscale », précise l’intéressé. Pas mécontent de tacler ce Plenel redresseur de torts qui, lui-même, avait tenté de s’affranchir des règles fiscales pour Mediapart. « Vous avez payé et c’est très bien », a-t-il souri. Franchement, on a savouré le moment. Et Plenel, insatiable, en a rajouté : il voudrait virer Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, Élisabeth Borne, la ministre des Transports, qui travaillait jadis dans l’entreprise et qu’il tient pour responsable de sa mauvaise santé, et pour faire bon poids Florence Parly, qui, avant d’être ministre des Armées, gagnait 50 000 euros à la SNCF ! Allez ouste, dehors ! « Mais vous êtes tout le temps dans l’insinuation. [On espère que le président ne le découvrait pas !] Je ne crois pas en la politique de la place de Grève. »
Alors, évidemment, Bourdin ne voulait pas être en reste : « Votre rôle est de nous dire que ce pays soit plus égalitaire. » « Merci de me donner des conseils », a rétorqué le président. Et encore : « N’êtes-vous pas dans une illusion puérile de toute-puissance ? » On songeait à PPDA demandant à Nicolas Sarkozy s’il ne se sentait pas un petit garçon au milieu des tout-puissants. (Ce qui ne lui avait pas réussi, Martin Bouygues l’avait viré quinze jours plus tard.) « Vous vous croyez seul dans la réalité et moi dans un éther bien beau ? », a ironisé Emmanuel Macron. Un ange noir est passé.
Au fil des heures, il a tout de même réussi à estourbir les deux compères sous un flot de paroles. Il reste que dans cet exercice, la forme aura pris le pas sur le fond. Le plus extravagant, c’est que, in fine, il se soit engagé à refaire le combat avec eux. Dans un an, même jour, même heure ? Là, on découvrait que Jupiter est masochiste.


Quand je disait dans un post précédent qu'ils ont tous virés macron compatible chez VA!
La mère NAY vient de le confirmer( mon post va pas rester longtemps)
Marron a fait des études, pour l'intelligence c'est une autre histoire!