Cooper Flagg, le rookie qui fait gagner… sans forcer
Il y a des matchs qui ne claquent pas forcément sur l’affiche. Pas de rivalité historique, pas de duel de superstars, pas de "statement game" annoncé à grand renfort de trompettes. Et puis, au milieu de ça, il y a une rencontre comme ce Mavericks - Nets, remportée 113-105 par Dallas, qui devient un petit concentré de ce qu’on aime disséquer dans le CQFR : le jeu qui prend du sens, la hiérarchie qui se construit, et un rookie, Cooper Flagg, qui continue de gratter des points dans la discussion la plus bavarde du moment.
Parce que oui, dans notre épisode "trophées de mi-saison", on a passé du temps sur le sujet. Et c’est révélateur : le trophée le plus simple sur le papier, celui de Rookie de l’année, est aussi celui qui demande le plus de nuance quand tu mets les mains dans le cambouis. Théo l’a rappelé : dans nos choix, on a tous ont tranché pour Cooper Flagg, tout en admettant que la discussion était réelle avec Knueppel. Et le match face à Brooklyn a eu ce petit goût de piqûre de rappel : Flagg coche plus de cases, plus souvent, avec une polyvalence qui ne se contente pas d’être jolie sur une fiche de stats.
Un match "pas spectaculaire", mais une démonstration de contrôle
On ne va pas vous vendre ça comme un classique instantané. Même Théo le dit : "ce n’était pas l’affiche la plus sexy". Mais ça n’empêche pas d’être instructif. Dallas s’impose 113-105, et au centre de tout, Flagg sort une ligne qui résume parfaitement ce qu’on aime chez lui : 27 points, 10/17 au tir, 2/3 à trois points, 5/6 aux lancers, 5 rebonds, 5 passes, 0 balle perdue, 3 interceptions.
C’est propre, c’est dense, et surtout, ça raconte quelque chose : il a eu le ballon, il a fait des choix, et il n’a pas donné de cadeaux. Zéro turnover sur un match où tu portes beaucoup, c’est rarement un hasard. C’est du contrôle. Et c’est précisément ce qui nourrit l’argument "meilleur basketteur" dont parle Théo quand il compare le profil de Flagg à celui de Knueppel, sans jamais chercher à rabaisser l’autre. L’idée n’est pas de dire "l’un est nul, l’autre est génial". L’idée, c’est de constater que Flagg, aujourd’hui, a une palette plus large, plus stable, plus directement transposable dans une équipe qui veut gagner.
La passe simple, le vrai luxe NBA
Le plus intéressant de tout ça, c'est peut-être ce que souligne Théo quand il décrit l’attaque de Dallas qui "a plus de sens" au fil de la saison, notamment parce que Jason Kidd l’a restructurée pour mettre Flagg en valeur… tout en lui retirant une partie de la pression. Ça se voit dans les détails. Dans ces moments où, en NBA moderne, l’objectif est de créer un avantage, un petit décalage, et d’enchaîner avant que la défense ne se recolle.
Et là, Flagg fait un truc que beaucoup de jeunes ne font pas, ou pas assez vite : il n’insiste pas quand l’avantage n’est pas là. Théo le formule très bien : Flagg a cette capacité à faire la passe décisive, mais aussi la simple passe. Celle qui ne finit pas dans les highlights, ni dans la colonne des assists, mais qui déclenche la deuxième passe, celle qui, elle, tue la défense. C’est la logique du basket en 0.5 : décider vite, tirer, dribbler ou passer, sans s’engluer dans le "je veux absolument être celui qui fait l’action".
Ça colle parfaitement avec ce que Flagg dit lui-même quand on l’interroge sur son approche :
« Depuis le début, mon objectif est d’avoir de l’impact. D’influencer le match de différentes façons. (…) L’idée reste la même : impacter le jeu partout. Il y a toujours une marge de progression. »
On est en plein dedans. L’impact, ce n’est pas seulement mettre 27 pions. C’est aussi faire circuler, créer des avantages, vivre avec la bonne décision même si elle ne te crédite de rien sur la feuille. Et à son âge, ça pèse.
Deux séquences qui résument le joueur
Théo cite deux actions qui, à elles seules, donnent une image très nette de Cooper Flagg version two-way player.
La première : Flagg pense provoquer une faute, part sur un tir un peu casse-gueule, sur un pied, parce qu’il s’attend au coup de sifflet. Il marque… sans obtenir la faute. Et derrière, dans la même séquence, Brooklyn repart, et Flagg arrive en deuxième rideau pour mettre un énorme contre. Ce n’est pas juste "je me rattrape". C’est une continuité mentale : tu rates l’info (pas de sifflet), tu ne râles pas, tu sprintes, tu effaces.
La deuxième : une passe vers l’intérieur, Flagg surgit, pousse le ballon. Ce n’est même pas lui qui termine l’interception au sens strict, mais il est dans l’action, il transforme l’idée en transition. Et ce que Théo adore, c’est qu’il ne vient pas "réclamer" la balle ensuite. Il fait l’inverse : il part en flèche, fait confiance, et finit au dunk sur la contre-attaque.
Cette confiance dans les autres, cette vitesse de décision, cette capacité à jouer sans s’accrocher à l’ego, ce sont des habitudes de joueurs qu’on retrouve plus tard… dans des équipes qui gagnent.
Antoine le dit d’ailleurs de manière assez directe : ce genre de profil, tu sais qu’à un moment, ça se retrouve dans des équipes qui gagnent, parce que le winner" ne tient pas seulement au caractère. Ça tient aussi à cette aptitude à faire les choix simples, les choix propres, les choix qui ne se voient pas mais qui font monter le niveau collectif.
Et là encore, Flagg le verbalise sur le leadership en conférence de presse :
« Leader ou pas, j’essaie simplement de rester fidèle à moi-même. (…) Si ça peut aider l’équipe et servir d’exemple aux autres, tant mieux. (…) Être vocal quand il le faut. (…) On a un super groupe… ça me permet d’être naturel. »
Ce n’est pas un discours de façade. C’est cohérent avec ce qu’on voit sur ces séquences : pas besoin de surjouer, il joue juste dans le bon sens.
La courbe de progression et le petit rookie wall
Autre point important : les splits mois par mois. Antoine les pose rapidement, et ça aide à contextualiser la narration "il est bon / il est moins bon".
En octobre, petit échantillon (5 matchs), Flagg est à 13 points et 41% au tir. En novembre, il monte : 17,8 points, 47%. En décembre, c’est là que ça devient franchement impressionnant : 23 points par match à 51% au tir, 33% à trois points, 80% aux lancers, avec autour de 6 rebonds et presque 5 passes.
En janvier, baisse sur un échantillon très court (5 matchs) : environ 16 points et 41%. On est peut-être dans le fameux "rookie wall", cette petite fatigue, ce contre-coup, cette adaptation au volume et au rythme NBA.
Sauf que même dans la baisse, un détail ressort : il est positif au plus/minus sur la période récente, et pour une équipe de Dallas qui perd pas mal, ça n’est pas anodin. Ça ne veut pas dire qu’il "porte tout". Ça veut dire que, même quand ça baisse au tir, l’impact global est encore là.
Et ça rejoint ce qu’il dit sur les prises à deux :
« Quand la prise à deux arrive… il suffit de trouver l’homme ouvert et de jouer avec l’avantage. (…) Je suis très heureux de faire une passe de plus et de les laisser jouer en avantage. »
Tu lis ça, et tu comprends pourquoi il a 0 turnover sur ce match-là. Il ne combat pas la réalité de la défense NBA : il l’accepte, il la digère, et il s’en sert pour nourrir le collectif.
Jusqu’où peut-il aller ? L’ombre de Tatum, sans forcer la comparaison
Le CQFR part ensuite sur un jeu de comparaisons, avec une idée intéressante : Jason Tatum. Pas parce que c’est "le même joueur", mais parce que les questions autour de Tatum (notamment la création en isolation, le tir en sortie de dribble, l’évolution du scoring extérieur) ressemblent aux questions qu’on peut projeter sur Flagg.
La nuance, elle est importante : Théo explique que Tatum est aujourd’hui élite sur la création de tir, y compris à trois points, sur du pick-and-roll, sur des sorties d’écran balle en main. Est-ce que Flagg aura ça un jour ? C’est une marche énorme. Mais il y a des signaux qui rassurent : son pourcentage aux lancers est déjà très bon (autour de 82%), et on sait que ça donne souvent un indice sur la mécanique, la fluidité, le potentiel de progression au shoot.
Flagg, sur le shot, lui, reste dans une logique simple : pas de changement mécanique, juste le travail.
« Je n’ai rien changé mécaniquement sur mon tir. Je fais confiance au travail… je dois rester fidèle au processus, faire des répétitions, rester à la salle et ne pas me disperser. »
Et même sur un point ingrat comme le rebond, il ne se cache pas :
« Il faut continuer à les provoquer, poser des écrans retard… Il y a eu des situations où je ne l’ai pas assez bien fait, et ça fait partie de ce que je dois améliorer. »
Ça, c’est le discours d’un joueur qui comprend déjà que sa valeur ne se jouera pas seulement à "être la première option offensive". Théo le dit très bien : peut-être qu’on ne sait pas encore s’il sera le point central absolu d’une attaque NBA. Mais tu n’as pas besoin d’être le seul soleil pour être un très grand joueur. Si tu as le talent, le moteur, la capacité à faire des tâches de role player et des tâches de star, tu deviens adaptable… et tu deviens précieux.
Et dans ce match contre Brooklyn, il a encore illustré ce point-là : être la tête d’affiche sur la feuille, tout en gardant une hygiène de jeu de vétéran.
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