Tout ce qu’il faut comprendre du trade de Trae Young
It escalated quickly. Un peu plus de quarante-huit heures après que Shams Charania évoque l’intention des Atlanta Hawks de trouver un nouveau point de chute pour Trae Young, voilà que le meneur All-Star se retrouve expédié aux Washington Wizards. Un trade qui tombe là aussi seulement vingt-quatre heures après que l’on apprenne que le joueur se voyait justement bien évoluer dans la capitale fédérale. C’était l’une de ses destinations préférentielles. C’était surtout la seule équipe vraiment intéressée.
Trae Young tradé aux Wizards !
Selon plusieurs sources, Young aurait voulu rejoindre les Minnesota Timberwolves ou les Brooklyn Nets. Aucune de ces deux formation n’a donné suite. Klutch Sports, qui représente Zach LaVine et Trae Young, pourrait avoir approché les Sacramento Kings au sujet d’un échange des deux stars. Là aussi sans succès. Il n’y avait donc potentiellement que Washington pour négocier avec Atlanta et ça explique la contrepartie « faible » pour un joueur de 27 quatre fois All-Star : CJ McCollum et Corey Kispert font le chemin inverse. Le premier est un vétéran de 34 ans au contrat expirant. Le deuxième est un joueur de rotation.
Le transfert de Trae Young symbole du changement d'époque aux Atlanta Hawks
Pour les Hawks, c’est la fin d’une ère. Et quelque part, le signe d’un échec. En 2018, le club a drafté Luka Doncic avant de l’échanger dans la foulée contre Young. Une erreur massive avec le recul (enfin, même sans le recul). Leur « franchise player » est resté sept ans, pour seulement trois qualifications en playoffs et une finale de Conférence inattendue en 2021. Tout ça pour finalement être transféré en cours de saison, début janvier, contre deux joueurs de complément sans aucun tour de draft inclus.
Les Kings en ont récupéré deux pour De’Aaron Fox alors que son contrat arrivait aussi à expiration. Le Magic a payé quatre premiers choix pour Desmond Bane l’été dernier. Les Pacers trois pour Pascal Siakam. Les Knicks en ont même cédé cinq pour Mikal Bridges ! Mais en réalité les Hawks sont déjà chanceux de ne pas avoir eu à en inclure dans le deal pour se débarrasser des 45 millions de dollars dus à leur meneur de jeu.
Dans tous les cas, ce trade enterre la trace de l’ancien management. C’est aussi un constat d’impuissance du coach Quin Snyder, qui n’a pas su construire une équipe qui gagne avec Young et des nombreux joueurs de qualité. L’entraîneur sera probablement le prochain à partir si l’équipe ne relève pas vite la barre.
Une équipe plus solide défensivement... mais limitée en attaque
Le groupe peut avoir donner l’impression de jouer mieux sans son basketteur le plus identifié. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une impression. Les Hawks affichent un bilan de 16-13 sans lui alors qu’ils ont perdu 8 des 10 matches auxquels il a pris part. Ils sont beaucoup plus solides défensivement en son absence. Comme chaque saison d’ailleurs. En revanche, il a toujours élevé le niveau offensif de cette équipe. C’est encore statistiquement vrai cette saison : Atlanta marque plus de points avec Trae.
Trae Young fait ses adieux à Atlanta… en plein match
L’explosion de Jalen Johnson, All-Star en puissance qui compile 23,5 points, 10,3 rebonds et 8,3 passes de moyenne, a sans doute poussé les dirigeants à passer à l’action dès maintenant. L’organisation est désormais centrée sur lui. Ses progrès à la création peuvent compenser en partie le départ de Young. Mais Johnson reste un manieur de ballon en développement et il n’excelle pas pour naviguer dans les petits espaces, qualité essentielle en playoffs. Aujourd’hui, il semble tout de même plus taillé pour être le deuxième playmaker de son équipe. Mais il reste jeune et susceptible de continuer à évoluer.
Ce trade, c’est l’expression d’une équipe qui a voulu tourner la page le plus vite possible plutôt que d’attendre une semaine, un mois ou même un an. Elle voulait passer à autre chose. Parce que les Hawks avaient encore l’opportunité de relancer Trae Young sur le terrain et d’essayer de briller avec lui. Les derniers mauvais résultats récents ont visiblement cassé cette envie. Ils auraient pu aussi trouver un moyen de le prolonger et de le transférer par la suite. Mais les échecs des négociations l’été dernier ont contribué à acter son départ.
Anthony Davis toujours dans le viseur ?
CJ McCollum va pouvoir apporter du scoring et une présence dans le vestiaire. Son contrat arrive à expiration et le front office déterminera cet été s’il doit être conservé ou non à un moindre coût, évidemment aussi selon l’envie du joueur. McCollum peut aider Atlanta à atteindre les playoffs, tout comme Kispert. En revanche, il ne faut pas s’attendre à ce que ce groupe soit réellement en mesure de gagner plusieurs séries (ni même une) à l’Est.
Sauf si d’autres trades arrivent ? Les Hawks n’auraient pas abandonné l’idée de recruter Anthony Davis. Pour ça, il faudrait probablement céder Kristaps Porzingis et Zaccharie Risacher. Pas sûr que ça vaille le coup. Davis est évidemment un joueur qui fait des différences mais pourquoi essayer de monter une équipe de vétérans quand Atlanta peut patienter un peu, prendre un pas de recul et construire autour de Johnson, Onyeka Okongwu, Risacher, Dyson Daniels et du joueur qui sera drafté avec le pick des New Orleans Pelicans. La franchise est aujourd’hui en très bonne position pour piocher dans le top-3 d’une cuvée très chargées en talents.
Surtout qu’en se débarrassant de Young, qui dispose d’une option à 48 millions pour 2026-2027, les Hawks sont désormais certains d’attaquer l’intersaison avec beaucoup d’espaces sous le Cap. Ils seront des acteurs majeurs de la Free Agency pour la deuxième année de suite. C’est une grande ville, dont sont originaires plusieurs joueurs NBA, avec des jeunes et un projet attrayant.
Un All-Star au prix bas pour les Washington Wizards
Les Wizards mettent eux la main sur un All-Star pour un prix quasiment dérisoire. McCollum n’allait pas rester à Washington. Kispert, qui tourne à 39% derrière l’arc, est un bon role player mais il sera plus intéressant dans une formation comme Atlanta, qui se veut plus ambitieuse. Le front office de Washington achète pas cher un joueur capable d’élever l’organisation et de relancer la machine du succès.
Trae Young a 27 ans. Il a tout son prime devant lui. C’est aujourd’hui le 12eme meilleur marqueur de l’Histoire et le 3eme passeur en prenant en compte ses moyennes sur l’ensemble de sa carrière. Les talents de cette trempe ne courent pas les rues, même en NBA. Les Wizards n’avaient encore joueur de ce calibre jusqu’à présent.
Ils ont enfin un homme autour duquel tourner leur attaque. Un maestro pour organiser le jeu et attirer l’attention des défenses adverses. Alexandre Sarr et ses coéquipiers marquent seulement 110 points sur 100 possessions cette saison. C’est la 27eme attaque du championnat. Ça peut et ça va changer avec Young. Il représente en quelque sorte un engin offensif à lui tout seul, par sa qualité de passe et son aptitude à planter des tirs lointains, même si il est en réalité assez maladroit en termes de pourcentage (30% derrière l’arc cette saison, 35% en carrière).
Le playmaker parfait pour Alex Sarr
Sarr pourrait justement profiter pleinement de la présence d’un ball handler aussi à l’aise sur pick-and-roll. Trae sait faire briller ses pivots et il excelle pour balancer des passes lobées. En revanche, cela implique que le Français, comme d’autres jeunes joueurs de l’effectif, se retrouve bien moins souvent en position de créer pour les autres. En l’absence d’un vrai playmaker, les Wizards ont mis le ballon entre les mains du pivot mais aussi de Kyshawn George et Bilal Coulibaly. Un élément important pour leur développement. Ils vont désormais avoir moins la gonfle, c’est logique. Mais quelque part, ces joueurs étaient de toute façon amenés à évoluer essentiellement off ball à un moment dans leur carrière. Trae Young va lui pouvoir faire ses stats et signer une extension lucrative à Washington. D’où peut-être son envie de rejoindre une équipe pourtant continuellement mal classée depuis plusieurs années.
Pour les Wizards, c’est justement le premier pas en avant vers un regain de compétitivité. Mais est-ce seulement le bon moment ? La cuvée de prospects 2026 comprend AJ Dybantsa, Darryn Peterson et Cam Boozer. Trois joueurs considérés comme de potentiels All-Stars. L’un des trois serait parfait à Washington, une franchise qui ne s’est pas encore trouvée son mâle alpha. Si les Wiz veulent vraiment aspirer un jour à jouer des finales de Conférence année après année, ce n’est pas Young qui va les y amener. 2021 était une exception, pas une règle.
La franchise reste faible même en sa présence et elle ne gagnera sans doute pas assez de matches pour piocher en dehors du top-8 mais c’est tout de même dommage si Washington ne met pas la main sur un choix dans un top-4 aussi dense. Et si elle venait à piocher très haut, elle aurait probablement envie de donner la balle à Dybantsa ou Peterson plutôt qu’à Young. Du coup, le timing interroge.
Le noyau dur de jeunes est-il vraiment assez fort pour aller loin à l’avenir ? Le recrutement de Trae Young doit être le début de quelque chose, pas le centre du projet. Autrement dit, les dirigeants vont devoir profiter de l’espace sous le Cap pour signer d’autres vétérans confirmés dans l’espoir de les mixer avec les joueurs prometteurs du roster pour progresser. Un peu comme l’ont fait les Pistons. Sauf qu’ils avaient déjà leur Cade Cunningham. S’il fallait donner des notes, Atlanta pourrait obtenir un C+ et Washington un B. Rien de sensationnel donc.

